- Mettre en évidence les grandes fonctions d’un monastère : c’est un lieu de prière, mais aussi d’étude, de pèlerinage, un grand propriétaire terrien.
- Comprendre comment l’idéal d’autosuffisance permet de créer un monde à part qui répond à la volonté de vivre à l’écart du monde.
- Montrer que les lignes sur le plan suggèrent que les moines peuvent vivre sans se mêler aux laïcs qui se trouvent à l’intérieur du monastère.
- Caractériser la vie d’un franciscain.
- Voir la hiérarchie des franciscains : custode (dirige le couvent), ministre provincial, ministre général ; et comment cette hiérarchie couvre toute la Chrétienté à l’écart du système des diocèses.
- Comprendre pourquoi la règle insiste sur l’obéissance et le fait que la pauvreté est un choix.
- Comprendre les enjeux de la prédication.
- Mettre en évidence le modèle de la laure, qui combine idéal érémitique et vie cénobitique.
- Travailler sur l’hagiographie : pourquoi les actions décrites renforcent-elles la sainteté d’Athanase ?
- Voir les fonctions du monastère (cf. doc. 1).
- Quelles sont les différences avec le monachisme latin ?

8. Monasteries and religious orders – For Teachers
Clergé séculier, clergé régulier, ordres
La différence entre clergé séculier et clergé régulier est une des caractéristiques majeures du catholicisme. Le clergé séculier vit dans le siècle, c’est-à-dire dans le monde : il s’agit du clergé desservant les paroisses. Ces clercs sont intégrés à une hiérarchie, visible par différents degrés que l’on franchit lors du sacrement d’ordination : les ordres majeurs sont diacre, prêtre, évêque.
Le clergé régulier est composé d’hommes et de femmes ayant prononcé des vœux. Certains peuvent avoir reçu le sacrement d’ordre, mais ce n’est pas obligatoire : dans de nombreux cas, il s’agit de laïcs ayant choisi une vie plus religieuse. Comme leur nom l’indique, les clercs réguliers vivent selon une règle qui régit leur communauté. Dans le christianisme oriental, chaque établissement monastique a sa propre règle. De son côté, l’Église latine a choisi de différencier chaque mode de vie en différents ordres : les moines sont ainsi dotés d’une règle unique (la règle de saint Benoît) qui crée un ordre monastique. De nouvelles interprétations de la règle donnent naissance à d’autres ordres monastiques. Par ailleurs, des laïcs et des clercs choisissent de fonder des congrégations organisées par une règle qui n’est pas la règle de saint Benoît : il ne s’agit donc pas de moines, mais de religieux. Certains peuvent se rapprocher des moines par leur vie contemplative, comme les carmélites, mais d’autres, contrairement aux moines, choisissent d’agir au contact des fidèles.
Naissance du monachisme
L’apparition du monachisme est liée à saint Antoine d’Égypte (252-356), bien que ce mode de vie soit attesté avant lui. Il décide de prendre l’Évangile au pied de la lettre et quitte tout pour suivre le Christ. Au départ, il ne s’agit que d’érémitisme (ou anachorèse) : l’ermite / anachorète se retire du monde pour prier dans la pauvreté et la chasteté. Son expérience fait des émules, et bientôt des disciples viennent à lui pour pratiquer l’érémitisme à proximité.
Ces groupes ne constituent pas de communauté. Le cénobitisme (vie en commun) est une création de saint Pacôme (v. 292 – 348). Il décide de regrouper à l’intérieur d’une clôture ceux qui veulent vivre cette expérience de retrait du monde, mais sans la capacité de vivre en ermite. Les moines vivent dans des petites pièces (ou cellules) individuelles, mais travaillent, mangent et prient dans un espace commun.
Le monachisme se diffuse dans tout l’Orient romain, et bientôt en Occident. C’est dans la Palestine du ve s. qu’apparaît un dernier modèle de monachisme : la laure. Les premiers établissements de ce type remontent aux fondations de saint Chariton († 350), mais la laure est véritablement organisée par saint Euthyme (377-473) et saint Sabas (439-532). Les moines vivent en ermite : le samedi, ils se retrouvent dans les bâtiments communautaires où ils apportent leur travail de la semaine, prennent un repas en commun et assiste à la messe.
Les moines deviennent très populaires : leur mode de vie exigeant est presque synonyme de sainteté. Pour l’Église, ces moines représentent un problème car ils sont aussi à l’écart de la hiérarchie ecclésiastique. Chaque communauté est dirigée par un « père » (abba en syriaque, d’où le terme « abbé ») et obéit à ses propres règles. Peu de moines sont ordonnés prêtre ou diacre, ce qui les fait échapper à l’autorité de l’évêque. Progressivement, le droit canon soumet les monastères à l’évêque de l’endroit.
L’organisation des monastères se précise progressivement. Saint Basile de Césarée (329/30 – 379), lui-même fondateur de monastères en Cappadoce, écrit quelques conseils d’organisation qui ne sont pas une règle à proprement parler mais servent d’inspiration à de nombreux fondateurs de monastères. Parmi eux, saint Benoît de Nursie (v. 480 – 547), qui reprend plusieurs de ses principes lorsqu’il rédige la règle du monastère du Mont-Cassin. Saint Augustin (453-430), qui mène une vie monastique avant son élection à l’épiscopat, rédige une série de conseils, dont certains pour la communauté de femmes dirigée par sa sœur, qui deviendront la règle de saint Augustin.
Ordres monastiques et religieux en Occident
Le monachisme latin se structure grâce à l’action de Benoît d’Aniane (v. 750 – 820). Celui-ci est persuadé que les différentes règles en usage dans les monastères dérivent de la règle de saint Benoît, qui établit une harmonie entre travail, prière et étude. Il « reconstitue » la règle idéale. L’empereur Louis le Pieux (814-840) réunit deux synodes en 816 et 817 afin d’imposer cette règle à tous les monastères latin. Désormais, tous les moines doivent suivre la règle de saint benoît : l’ordre bénédictin est né. Parallèlement, ces synodes créent l’ordre des chanoines, qui regroupe les prêtres desservant les cathédrales, et qui suivent la règle de saint Augustin.
La règle de saint Benoît est l’objet de deux réinterprétations majeures qui donnent naissance à deux nouveaux ordres monastiques. L’abbaye de Cluny, fondée en 909, insiste sur la prière et la célébration de la messe. Elle devient le centre d’un ensemble d’abbayes et de prieurés (dépendances d’une abbaye) qui constituent un ordre.
L’abbaye de Cîteaux est fondée en 1115 afin de revenir à l’équilibre présent dans la règle de saint Benoît : les cisterciens critiquent la richesse et l’oisiveté des clunisiens, et insistent sur la pauvreté collective et le travail. Cîteaux sert de modèle à la fondation d’autres abbayes et se trouvent bientôt à la tête d’un autre ordre monastique. Au xviie s., devant ce qui apparaît à certains comme un relâchement de la discipline (l’ordre accepte d’autres revenus que celui du travail des moines), un mouvement de réforme naît autour de l’idée d’un retour à la règle de saint Benoît. À partir de 1662, le monastère de la Grande Trappe émerge comme le centre de cette volonté réformatrice — on parlera donc de « trappistes » pour désigner les moines de l’Ordre cistercien de la stricte observance.
En 1084, la fondation de la Grande Chartreuse par saint Bruno est à l’origine d’un nouvel ordre contemplatif de type monastique, mais qui ne suit pas la règle de saint Benoît. Au départ, saint Bruno s’installe dans le massif de la Grande Chartreuse avec quelques compagnons pour mener une vie érémitique, mais le succès de cette entreprise conduit à la multiplication de maisons du même type conduit à la création d’un ordre religieux.
Aux xiie-xiiie s., les mutations profondes de l’Occident médiéval sont à l’origine de la création de nombreux ordres religieux. En 1120, à la demande de l’évêque de Laon, saint Norbert de Xanten installe une communauté de chanoines à Prémontré. Leur mission est double : prier et encadrer les fidèles. Cette fondation fait rapidement des émules, et l’ordre est constitué en 1126. Dès l’origine, les prémontrés (ou norbertins) ont une structure triple : un ordre d’hommes, un ordre de femmes et un tiers ordre composé de laïcs qui veulent s’associer à cette spiritualité mais sans aller jusqu’à prononcer des vœux.
Au siècle suivant, les ordres mendiants apportent des réponses aux problèmes d’encadrement liés au développement des villes et à l’apparition d’hérésies qui remettent en cause le rôle d’un Église perçue comme corrompue car riche et trop ancrée dans le monde. L’ordre des frères mineurs (reconnu en 1210) est fondé par saint François d’Assise pour vivre l’idéal de pauvreté : les frères ne vivent que de leur travail et de l’aumône. À partir de 1220, l’ordre s’intéresse aux activités pastorales et intellectuelles. Les évolutions de l’ordre sont à l’origine de nombreuses scissions. L’ordre des prêcheurs (reconnu en 1216) est fondé par saint Dominique dans le cadre de la lutte contre les cathares : l’objectif de saint Dominique est de combattre l’hérésie par la prédication, mais aussi par l’exemple d’une pauvreté qui contraste avec la richesse de l’Église critiquée par les hérétiques. Franciscains et dominicains deviennent rapidement des prédicateurs très écoutés et qui permettent un meilleur encadrement des fidèles, notamment en ville où le réseau des paroisses est balbutiant. Ces ordres mendiants servent de modèle à la structuration en ordre des ermites venus de Palestine lors de la création de l’Ordre du Carmel, qui connaît un essor au xvie s. sous l’impulsion de sainte Thérèse d’Avila et saint Jean de la Croix, qui insistent sur la prière et la pauvreté. Les ordres mendiants ont eux aussi une structure triple : un ordre féminin, un ordre féminin et un tiers ordre de laïcs.
Les croisades et la Reconquista espagnole conduisent à la création d’ordres religieux-militaires, dont le modèle est l’Ordre du Temple, créé en 1120 et reconnu en 1139. Ils tirent leurs origines de groupes de chevaliers qui s’engageaient à protéger l’Église et ses biens. Hugues de Payns transforme cette volonté en vœu. Les chevaliers deviennent des religieux soumis à une règle mais, n’étant pas ordonnés, ils ne sont pas soumis à l’interdiction faite aux clercs de porter des armes. Le succès du Temple conduit à la militarisation de plusieurs ordres charitables qui accueillaient et soignaient les pèlerins : l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem (ou Ordre de l’Hôpital), fondé en 1180 et reconnu en 1113, l’Ordre de l’Hôpital des Allemands Sainte-Marie de Jérusalem (Ordre teutonique), créé en 1191 et reconnu en 1198. En Espagne, la confrontation entre chrétiens et musulmans est à l’origine de la création d’ordres religieux-militaires comme l’Ordre de Calatrava, constitué en 1164, ou l’Ordre de Santiago, reconnu en 1170.
Les ordres religieux-militaires n’ont pas survécu au renforcement des États. L’Ordre du Temple est aboli en 1312 au terme d’un scandale retentissant. Au xvie s., les ordres espagnols sont rattachés à la couronne d’Espagne avant d’être transformés en ordres honorifiques. L’Hôpital et l’Ordre teutonique survivent en s’emparant de territoire pour les gouverner en propre : l’Hôpital à Rhodes puis à Malte, l’Ordre teutonique en Prusse. L’Ordre teutonique est sécularisé lors de la Réforme mais il est reconstitué en Autriche comme ordre purement hospitalier. L’Hôpital est chassé de Malte avant d’être réorganisé en 1879 comme ordre hospitalier, couramment appelé Ordre de Malte.
Le monachisme oriental
Le monachisme byzantin est marqué par le prestige du modèle érémitique. Les fondations de monastères se souvent le fait d’ermites qui consentent à organiser la communauté de disciples qui s’est rassemblée autour d’eux. Une autre de ses particularités est l’existence de monastères urbains qui jouent un rôle important dans l’assistance publique.
À la fin du viiie s., saint Théodore Stoudite tente une réhabilitation du cénobitisme, en insistant sur l’importance du travail, dans le monastère de Stoudios (Constantinople). Le Stoudios devient un des monastères les plus importants de l’Empire, mais l’absence d’organisation du monachisme donne peu de rayonnement à cet essai.
La fondation du monastère de Lavra sur le mont Athos (963) marque le renouveau du monachisme byzantin. Saint Athanase choisit de s’installer sur le mont Athos (nord de la Grèce), où vivent de très nombreux ermites. Rapidement, il décide de construire un monastère sur le modèle de la laure : l’essentiel des moines vivront en commun et seuls quelques-uns, reconnus aptes par l’abbé, vivront en ermite dans des cellules aménagées à l’écart. Avec le soutien de l’empereur, il procède à de nombreux aménagements qui font du monastère un grand propriétaire terrien dont le domaine est efficacement géré et dont les surplus sont commercialisés. D’autres monastères, construits sur ce modèle vont s’installer sur la Sainte Montagne. Certains sont construits pour des moines venus de tout le monde orthodoxe : Iviron (Géorgie), Zographou (Bulgarie), Saint-Pantéléimon (Russie), Chilandar (Serbie).
Le succès du monachisme athonite incite les autres monastères à mieux gérer leurs nombreux biens. Les monastères les moins importants sont absorbés par de plus grands, dont ils deviennent des dépendances (métoques). Ces succès économiques permettent aux monastères d’assurer leurs missions d’assistance publique en organisant des distributions de nourriture ou en administrant des hospices ou des hôpitaux. Les grands laïcs n’hésitent plus à fonder des monastères (doublés d’une institution de charité) en leur transférant tout ou partie de leurs biens, car ils savent que la fondation leur survivra et qu’ainsi la prière et l’action charitable des moines servira au salut de leur âme. C’est le cas du monastère de la Vierge fondé à la fin du xie s. par Grégoire Pakourianos à Batchkovo (Bulgarie), et qui est toujours en activité.
Introduction to religious traditions | Introduction to Christianity II – Themes
8. Monastères et ordres religieux
Moines et religieux font partie du clergé régulier : ce sont des clercs qui ont fait vœu de suivre une règle qui régit leur vie. Ce clergé régulier est divisé en ordres et en congrégations en fonction des règles suivies, ou des interprétations de cette règle. Cet état des choses correspond à la vision catholique de cette vie particulière : les christianismes orthodoxe et oriental ne connaissent que le monachisme, qui se situe dans un cadre différent ; la Réforme protestante a tenté d’abolir les ordres monastiques et religieux, ce qui s’est traduit par une quasi-disparition des ceux-ci, mais il existe toujours des communautés monastiques, notamment luthériennes et anglicanes, et on assiste depuis le XIXe s. à un renouveau de la vie monastique chez les protestants.
Plan de Saint-Gall
Le plan de l’abbaye de Saint-Gall est unique en son genre. Il a été dessiné dans le scriptorium de l’abbaye de Reichenau (Allemagne) au IXe s. et dédié à l’abbé du monastère de Saint-Gall (Suisse), où le document se trouve depuis.
Il s’agit d’un plan idéal : le monastère décrit n’a jamais été construit, mais il offre de précieux renseignements sur la vie quotidienne au Moyen Âge et sur les fonctions que devaient remplir un monastère
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Légende :
Église abbatiale :
A. Grand autel
B. Autel de Saint-Paul
C. Autel de Saint-Pierre
D. Nef
E. Paradis
F. Tours
Bâtiments monastiques :
G. Cloître
H. Chauffoir, avec le dortoir au-dessus
I. Necessarium
J. Maison de l'abbé
K. Réfectoire
L. Cuisine
M. Boulangerie et brasserie
N. Cave
O. Parloir
P1. Scriptorium et bibliothèque
P2. Sacristie
Q. Maison des Novices :
1. chapelle;
2. réfectoire ;
3. chauffoir ;
4. dortoir ;
5. chambre du maître ; ;
6. chambres.
R. Infirmary: 1-6 see above, as in “House of the novices”
S. Maison du docteur
T. Jardin médicinal
U. Maison de la saignée
V. École
W. Appartements du maître de l'école
X1. Hôtels pour les invités de marque
X2. Hôtels pour les pauvres
Y. Hôtels pour les moines en visite
Zone de travail :
Z. Fabrique
a. Plancher pour le battage
b. Atelier
c. Moulins
d. Four du potier
e. Écurie
f. Étable
g. Étable des chèvres
h. Porcherie
i. Bergerie
k. Dortoirs des convers (travailleurs et serviteurs)
l. Maison du jardinier
m. Poulailler
n. Maison de l'éleveur de volailles
o. Jardin.
q. Boulangerie pour le sacramental
s. Cuisines.
t. Bains.
Copie moderne du plan original. Trouvé sur
http://commons.wikimedia.org/wiki/File:St_gall_plan.jpg
Bulle Solet annuere (Regula bullata)
La bulle Solet annuere est la confirmation par le pape Honorius III (1216-1227) de la règle écrite par François d’Assise, qu’on appelle pour cette raison la Regula bullata (règle scellée par une bulle). Cette confirmation est nécessaire car il s’agit d’une règle créée ex nihilo et non une reprise ou adaptation d’une règle antérieure. L’insistance sur le contrôle par la hiérarchie, la soumission à Rome et le caractère non intrusif de l’action des franciscains est liée à la volonté d’éviter l’accusation d’hérésie. La règle met en évidence les grands traits de l’ordre : la pauvreté absolue, la prédication.
1. La Règle et la vie des Frères Mineurs est celle-ci, à savoir : observer le Saint Évangile de Notre Seigneur Jésus-Christ, vivant en obéissance, sans propre et en chasteté. Frère François promet obéissance et révérence au Seigneur Pape Honorius et à ses successeurs canoniquement élus, et à l’Église Romaine. Et que les autre Frères soient tenus d’obéir au Frère François et à ses successeurs.
2. S’il en est qui veulent embrasser cette vie, et viennent à nos Frères, que ceux-ci les envoient à leurs Ministres provinciaux, à qui seulement, et non à d’autres, soit accordé le pouvoir de recevoir des Frères. Mais que les Ministres les examinent soigneusement sur la Foi catholique et sur les Sacrements de l’Église […].Que tous les Frères soient vêtus d’habits pauvres ; et qu’ils les puissent rapiécer de sacs et autres pièces, avec la bénédiction de Dieu. Je les avertis et les exhorte à ne pas mépriser ni juger les hommes qu’ils verront vêtus mollement, porter des habits de couleur, et user d’aliments et de breuvages délicats ; mais plutôt, que chacun se juge et se méprise soi-même […].
6. Que les Frères ne s’approprient rien, ni maison, ni lieu, ni aucune chose ; mais comme pèlerins et étrangers en ce siècle, servant le Seigneur dans la pauvreté et l’humilité, qu’ils aillent avec confiance demander l’aumône. Et il ne faut pas qu’ils en rougissent : parce que le Seigneur s’est fait pauvre pour nous en ce monde. C’est là excellence de la très haute Pauvreté, qui vous a instituées, mes très chers Frères, héritiers et rois du royaume des cieux, vous a faits pauvres de biens, mais vous a élevés en vertus. Qu’elle soit donc votre partage, elle qui conduit à la terre des vivants. Attachez-vous y donc totalement, bien-aimés Frères, et, pour le nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, ne veuillez jamais posséder autre chose sous le ciel […].
9. Que les Frères ne prêchent dans l’évêché d’aucun Évêque, quand ce dernier s’y opposera. Et que nul des Frères n’ose, en aucune façon, prêcher au peuple, si le Ministre général de cette Fraternité ne l’a examiné et approuvé, et ne lui a concédé l’office de la prédication. J’avertis aussi et j’exhorte les mêmes Frères, de veiller à ce que, dans les prédications qu’ils font, leurs paroles soient examinées et chastes, pour l’utilité et l’édification du peuple, lui annonçant les vices et les vertus, la peine et la gloire, avec brièveté de discours […].
12. Que ceux d’entre les Frères, qui, par inspiration divine, voudraient aller chez les Sarrasins et les autres infidèles, en demandent la permission à leurs Ministres provinciaux. Mais que les Ministres n’accordent à personne la permission d’y aller, si ce n’est à ceux qu’ils reconnaîtront capables d’y être envoyés. En outre, j’ordonne, par obéissance, aux Ministres, de demander, au Seigneur le Pape, un des Cardinaux de la Sainte Église Romaine, pour gouverneur, protecteur et correcteur de cette Fraternité, afin que toujours soumis et assujettis aux pieds de cette même Sainte Église Romaine, stables en la foi catholique, nous observions la pauvreté et l’humilité, et le Saint Évangile de Notre Seigneur Jésus-Christ, lequel nous avons fermement promis.
Bull Solet Annuere (Regula bullata) (1223)
https://franciscan-archive.org/patriarcha/opera/regula-e.html
(08/12/2014)
La fondation de Lavra
Le document est extrait d’une hagiographie, c’est-à-dire une œuvre qui démontre la sainteté de la personne dont la vie est rapportée. Ici, il s’agit d’Athanase, fondateur du monastère de Lavra. Avant cette construction, le mont Athos était un lieu où vivaient des ermites : c’est d’ailleurs pour y mener cette vie qu’Athanase s’y rend d’abord. La fondation de Lavra change complètement la physionomie de ce qu’on va appeler la « sainte montagne ». Athanase reprend le modèle de la laure : il construit un monastère où les moines vont mener une vie cénobitique avec, à l’écart du monastère, des cellules pour ceux qui auront été jugés dignes de mener une vie érémitique. Les travaux menés par Athanase vont plus loin que l’autosuffisance : il s’agit de dégager des surplus commerciaux qui seront vendus (c’est le rôle du port) afin d’obtenir des revenus permettant de faire fonctionner le monastère. Le rayonnement du monastère apparaît très tôt avec la création de monastères dépendants : les métoques.
24. [De nombreux disciples rejoignent Athanase qui a commencé à construire un monastère]
25. Avec leur assistance et leur travail, et grâce à la participation d’en haut de la force divine appelée par les prières d’Athanase, une église fut construite, la plus belle qui soit, disposée en forme de croix, et consacrée à notre très sainte Dame, la Mère du Seigneur ; elle était flanquée de chaque côté de deux petites églises à coupole adaptées à ce qui convient à des oratoires, l’une étant dédiée aux saints Quarante Martyrs, l’autre à Nicolas le Thaumaturge […]. Puis il entreprit les constructions auxquelles il avait d’abord pensé : il fit construire des cellules qui furent disposées en quadrilatère autour de l’église — au milieu des cellules placées côte-à-côte se tenait l’église, semblable à un œil voyant partout. Puis il prépara un réfectoire contenant vingt tables de marbre blanc, chacune convenant à douze convives. Puis il fonda une infirmerie, une hôtellerie et un bain pour les malades.
La laure manquait d’eau […]. Il entreprit alors de creuser le sol et perça ces lieux élevés et escarpés, plaça des canalisations dans les fossés et conduisit un torrent d’eau depuis divers lieux vers le monastère ; il la répartit pour les besoins des différentes diaconies [= les services qui font fonctionner les monastères], la fit couler vers les cellules et pourvut ainsi abondamment les différentes parties de la laure. Par des canalisations, il anima deux moulins grâce à un bief, les arbres fruitiers furent ainsi arrosés, les jardins irrigués, les lavoirs pour les vêtements des frères remplis et l’on put puiser de l’eau pour les animaux.
Il n’est pas possible de parler ici en détail de tout ce qui concerne les autres bâtiments de service et les églises, la plantation de vignes et d’arbres, la construction de lieux d’érémitisme et de cellules pour ceux qui vivaient dans les métoques de la montagne, la fabrication de zones d’accostage dans le port et toutes ses autres œuvres […].
26. Après cela, il commença à établir des règles et les dispositions ecclésiastiques pour le bon ordonnancement du service de l’âme, et comment il convient de chanter des hymnes à Dieu selon la suite des heures du jour et de la nuit.
Vie de saint Athanase l’Athonite, éd. L. Petit, Analecta Bollandiana 25 (1906), p. 31 sq.